
Les tableaux récents de Frédérique Ulman-Gagné prennent la forme d’un manifeste intime où l’artiste transforme graduellement sa manière de peindre, ralentissant son geste et introduisant une intention de lenteur. Plus tridimensionnelles, presque sculptées, les surfaces deviennent des lieux de repli absorbants, des espaces intérieurs sensibles, protecteurs et traversés par un mouvement presque sonore.
Par la superposition de lignes, de membranes, de tressages et de structures organiques, la peinture devient à la fois un espace de trouble et un lieu de résistance. Les surfaces agissent comme des chambres sensibles : elles accueillent les inquiétudes, les contradictions et les vulnérabilités tout en tentant de préserver, malgré tout, une forme de douceur, d’intensité et de persistance.
Entre abstraction et évocation corporelle, ces œuvres construisent des architectures fragiles où circulent des battements, des flux et des systèmes nerveux inventés. Certaines formes suggèrent des rideaux, des racines, des cordons, des tissus protecteurs ou encore des motifs en miroir qui se dédoublent et se répondent. D’autres semblent sur le point de se dissoudre ou de se recomposer dans un mouvement lent, hypnotique et ondoyant.
Ici, la noirceur n’apparaît pas comme une absence de lumière, mais comme une matière pleine et dense à partir de laquelle persistent encore des formes de chaleur, de vibration et de puissance intérieure.