3 juillet au 7 septembre 2019

Ghost Lights (feu-follet)

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La Galerie Simon Blais présente la toute nouvelle exposition des tableaux de Marc Séguin. L’artiste propose aujourd’hui Ghost Lights (feu-follet), série d’une douzaine d’huiles sur toile, toutes produites en 2019,qui s’inscrivent dans la lignée de sesproductions « paysagistes » antérieures. Déjà, en 2004, la forêt brûlée constituait le thème de sa première série explorant le genre, quand il a délaissé la représentation plus anthropomorphique. Quinze ans plus tard, il trace au fusain noir les vestiges d’une nature incendiée, comme une cathédrale détruite. La précision extrême du décor contraste avec les formes flottantes de l’avant-plan, réduites à un simple schéma. 

Le paysage est un pan important de la peinture canadienne, il en est même une constituante intrinsèque. Fidèle à son instinct, Marc Séguins’amuse à contourner les règles régissant la représentation de ces lieux souvent magnifiés. En 2006, il se place en porte-à-faux par rapport aux canons du genre en montrant, sous l’appellation Paysage, des épaves d’avions dans la série Black Box. À la surface de ses tableaux de 2013, les ruelles de Brooklyn deviennent autant de panoramas urbains désolés qui contrastent avec le caractère bucolique attendu. Après les horizons à perte de vue de blanc, en 2017, Séguin poursuit son exploration dans ce cinquième volet « paysagiste », qu’il a intitulé Ghost Lights (feu-follet).  

Ces tableaux, d’un peintre clairement issu de la génération X, sont-ils le constat alarmant d’une nature mise à mal ? Sans doute, puisque les impacts des pertes d’écosystèmes sur les espèces animales ne sont plus contestables. Ces mêmes toiles portent toutefois en elles le mode millénaire de régénération des milieux forestiers ainsi que l’espoir d’êtres fantastiques que l’on décrivait autrefois comme des feux-follets, esprits libres ou égarés, joueurs de tours fascinants, parfois hostiles, mais toujours gardiens d’un territoire mythique. 

Plusieurs couches de sens se superposent, s’additionnent sous des plans contradictoires, mais une image onirique persiste, comme un souvenir flou qui nous coule entre les doigts. Une tragédie se joue sous nos yeux, celle d’une nature insaisissable et pourtant à l’extérieur de laquelle toute forme de vie animale est impossible.